no way to be free.
26 février 2008
Quand le train se vide, la nuit opaque pressée contre les vitres, les arrêts indécemment longs dans l'obscurité sourde (et le nez collé contre la vitre, j'essaie de savoir où on est et si je n'ai pas déjà raté l'arrêt où je dois descendre), je pense aux vies sans sens des gens au fond de leurs maisons mal chauffées, et que quelqu'un pourrait venir, m'arracher mon iPod, partir avec mon sac et emporter mon portefeuille, mes carnets, mes cours, pourrait planter un couteau dans ma poitrine sans que personne ne sache.
Enfoncer un couteau entre mes seins, déchirer ma cage thoracique et il n'y aurait personne. Et personne ne saurait. Ni l'instantané ni les secrets. Et moi, moi, je ne saurais jamais toutes ces choses, du futur proche et de l'inconnu lointain, des étreintes et des amours en attente, des déchirements, de la mort, de la vie qui m'aurait arraché la poitrine bien mieux que le couteau de cet inconnu de la bière plein le sang, de la graisse plein les dents et la peau suintant de sa bêtise de petit truand sans ambition.
(Je crois qu'il est sérieusement temps que je retourne en ville.)
Avec mes esquisses de projets et les idées plein ma tête, il me faut bien une vie citadine.
Et pour aller noyer ma solitude dans la foule.
Pour que les murs ne se referment pas le soir.
Pas tous les soirs, pas à chaque mot de travers.
Pas avec du silence plein la peau.
*fenêtre de ma chambre à peu près large comme les lucarnes des chambres de bonne parisiennes et par laquelle je me suis vaillamment -aidée d'une échelle- glissée pour ne pas mourir de froid quand L. est partie avec les clefs.
---
Hearing : Eddie Vedder - End of the Road
via FoxyTunes
21 février 2008
En asymptote.
Je voudrais pouvoir (avoir envie de) rentrer chez moi.
---
Hearing : Jean-Jacques Goldman - Pas l'indifférence (Live)
via FoxyTunes
le bruit des canons qui tonnent
17 février 2008
Se déplacer, se mettre en mouvement, c'est créer du désordre dans sa vie, créer un déséquilibre, passager peut-être mais toujours sain et délicieux. Et le moment d'enfiler une veste et de fermer la porte derrière soi reste celui où l'on prend toute la mesure du plaisir que l'on aura, au bout du déplacement. Le silence et le bruit, l'odeur de la ville, les retrouvailles sur quai de gare, les images dont on (ré)imprègne les pupilles, le café en terrasse, et cætera. Et tourner la clef dans la serrure, partir au lever du jour, m'asseoir près d'une fenêtre, regarder défiler un paysage en écoutant mes pensées se poursuivre en pas chassés, faire ce chemin vers ce(ux) que j'attends d'atteindre, c'est comme un accomplissement en soi.
Tant que je serai vivante, tant que je serai libre et tant que l'on n'aura pas inventé ce (putain de) déplacement instantané, je ferai trois heures de train, quatre heures de bus, une journée de voiture, une demi-ville à pieds.
Je traverserai des pays pour revoir des visages.
Et pour ces longues heures d'extrême solitude. Je ne suis jamais aussi intimement avec moi-même que dans ces heures de flottaison entre deux destinations. Et le paysage qui dévore mon front, l'autoroute qui dévale mes pupilles, l'invisibilité des vies alentours, me laissent le champ libre.
C'est en allant voir Paris, Paris que j'ai laissée insatisfaite, un peu angoissée de ne pas savoir l'aimer, un peu trop lointaine et toujours trop inachevée, que j'ai compris. Tout paraît tellement plus. Simple. Il y a des solutions. J'ai des solutions. Et des possibles.
Et même. Et même des gens.
---
Hearing : Jean-Jacques Goldman - C'est ta chance
(via FoxyTunes)
la face cachée de toi m'obsède.
10 février 2008
J'ai raté un train, lu Sur la route au soleil.
J'ai vu les perruches bruxelloises, le soleil couchant doré.
Je me suis interrogée sur l'existence, et l'univers qui se suffit à lui-même.
J'ai mangé des nouilles artisanales, bu une bière sucrée.
J'ai raté un autre train, il paraît que je suis apaisante, vraiment.
J'ai pris conscience de cette chose à l'intérieur de moi.
J'ai pris conscience qu'elle était plus imposante que je ne l'aurais voulu.
Je ne sais toujours pas si je dois en être heureuse ou avoir peur.
Je n'ai pas bu de café au réveil, la douche était trop chaude.
J'ai regardé défiler la campagne belge en me concentrant sur la musique.
Pour jouer à cache-cache avec cette idée qui tourne (encore) en rond dans ma tête.
La tête sur son ventre, j'essayais de ne pas pleurer.
La tête contre la vitre, je souriais sans comprendre
Je suis toute seule dans la grande maison froide, et je me demande.
et Paris bat-elle la mesure ?
6 février 2008
quand le jour a déteint.
4 février 2008
que je peux aimer sans en pleurer de peur,
que Marseille n'a pas besoin de moi et que je n'ai plus besoin de Marseille,
que ce ne sont pas les vêtements qui réchauffent,
que l'aventure c'est l'aventure,
que l'impossible m'est à portée de main asymptote,
que le froid ne me vole pas toute la beauté du ciel,
que Jack Kerouac a existé,
qu'à trop de manque je m'érode,
que l'angoisse est très surfaite,
que l'attente gèle les espoirs et les doigts,
que la solitude n'est pas assez puissante pour avoir ma peau,
que les détails (me) feront toujours chavirer,
depuis que je comprends tout ça, je (fais comme si je) n'a(va)i(s) plus peur.
Et je n'essaie plus de deviner le futur.
Et c'est très bien. C'est très bien, je sais que je n'ai plus de raisons d'avoir peur du vide, plus de raisons de devenir pierre et mousse pour échapper au vertige, plus de raisons de détourner le regard pour qu'il ne blesse pas, plus de raisons de rester au lit toute la journée, plus de raisons de marcher au bord des trottoirs pour trouver le bord des choses. Je n'ai plus de raisons de faire tout ça plutôt que vivre le vertige, les blessures, le bord des choses. Et le vent.
Parce que l'absurde, je le boufferai jusqu'à la moelle. Et jusqu'à la moelle, l'avenir, l'amour, et caetera.
