l'absente.
28 octobre 2007
la vie quotidienne.
21 octobre 2007
Julia marche d’un pas sûr. Ses semelles claquent et l’asphalte défile, longue langue sombre qui ne mène jamais assez loin. Julia marche d’un pas sûr, ses jambes avalent des mètres et des mètres d’ensuite incertains qu’elle cache dans ses bottes usées et n’avoue pas à la ville. La grande boîte en bitume qu’elle prend comme territoire et comme secret court derrière elle. Les bords des trottoirs, la couleur douce-amère des réverbères, pas de ciel dans les flaques d’eau et des vies embobinées derrière les rideaux. Les gens, la nuit, n’ont pas de visage, alors Julia lève le menton et lance son silence contre les murs. Il rebondit, revient et se répand en bouts d’échos.
Julia a froid au milieu des lumières nocturnes, elle enjambe du vide et de l’attente. Et c’est avec l’urgence de l’après à vivre qu’elle pousse les portes de la gare. Ses talons retentissent dans le hall désert jusqu’au seul train à quai. Le dernier train à quai, immense monstre vide et seul. Immense monstre à la gueule grande ouverte. Le dernier train, qu’elle longe lentement, pour le luxe d’hésiter encore un peu et l’illusion d’être peut-être retenue une dernière fois.
sympathy for the devil
20 octobre 2007
Je fais la vaisselle à la place du lave-vaisselle et de la femme de ménage, l'un étant incompétent et l'autre profitant de la grève de la RATP, et entre mes mains défilent une dizaine d'assiettes, une autre de plats et autres casseroles, une vingtaine de verres et un certain nombre de couverts. Je serre les dents quand on m'empêche de partir parce que la pimbêche n'a pas rangé après avoir fait un gâteau et que je dois le faire, et pour ne pas donner à dire du mal de moi parce que je suis trop fière, je lave tout, essuie tout, range tout et dis au revoir avant de partir. Plus tard, je dirai à ma petite soeur que leur appartement n'a été ni nettoyé ni rangé et que le linge sale s'entasse depuis trois jours, que les gamins ne savent pas se lever pour aller se servir à boire et qu'ils écoutent Diam's et que finalement, nous, on est des filles super ordonnées et excessivement bien élevées. Ca, elle le savait.
Je bois du thé vert à la menthe. Je mange des fraises, des P'tit Louis et du tiramisu. Je lis 35 kilos d'espoir de Gavalda et je pleure dans la cuisine. Je me cogne la tête contre le mur en me tournant dans mon lit le matin. Je prends un bain dans une baignoire aussi grande que moi avec du bain moussant qui fait du bruit dans mes oreilles et une bd stupide. Je fais de la ratatouille et elle a l'air super bonne alors on la congèle. Je regarde MTV et Disney Channel roulée en boule sur un fantastique canapé. Mais la qualité de l'image sur le grand écran plat est médiocre et c'est quand j'ai envie de dire "espèce de sale gosse paresseux et gâté, est-ce que tu as conscience que les deux choses qui pendent accrochées à ton bassin te permettent de te lever et d'aller remplir ton verre tout seul et ARRÊTE DE FAIRE AUTANT DE BRUIT EN MANGEANT AVANT QUE JE TE DECROCHE LA MÂCHOIRE ET QUE JE TE LA FASSE AVALER AVEC UNE SAUCE À LA MOUTARDE" que je remercie mes parents de l'indépendance, l'autonomie et le mâchage en silence qu'ils m'ont offerts et que mes soeurs me manquent le plus.
all the lonely people where do they are come from ?
17 octobre 2007
t'as envie d'enseigner les maths ?
Apagogie dit :
J'ai envie de trouver ce que j'ai envie de faire.
J'ai envie de réfléchir à des trucs du genre "y a-t-il des corrélations entre les théories sociales sur les groupes et la théorie des groupes en algèbre ?" et de faire des isomorphismes entre le montre abstrait des maths et le monde concret qui m'entoure.
J'ai envie de faire des trucs comme "étudier l'aspect fractal et l'autosimilarité d'une oeuvre d'art" qu'il s'agisse de littérature ou d'arts visuels.
J'ai envie de connaître plein de trucs et d'en parler ensuite à des gens que ça n'intéresse pas forcément mais dont je réussis à capter l'attention parce que je leur expose les choses juste comme il faut.
Mais je suppose que passer l'agrégation et enseigner dans un lycée peut être sympa aussi.
barbara dit :
hinhin.
mary don't you weep.
14 octobre 2007
mornin' yearnin'
13 octobre 2007
Je suis (dans) une rue nocturne. Il y a des réverbères mais des pannes de courant. Des trous dans les trottoirs. Des chats de gouttière. Des types qui lavent devant leur épicerie. Des fenêtres illuminées et la lumière qu'elles déposent sur l'asphalte est voilée par les rideaux épais. Pour y voir quand les lumières s'éteignent, je longe les murs, c'est l'autre bord des trottoirs. Personne ne me croise et je ne croise personne, seulement des ombres et des extraits lumineux. Pour n'aller nulle part.
Et je tiens à dire à mon Papa et ma Maman, que je m'excuse et me repens pour toutes les fois où je ne suis venue à table qu'au cinquième appel, celles où je n'ai pris mon bain qu'une heure après qu'ils me l'aient demandé, pour les caprices et tou(te)s les (tentatives de) déni d'autorité quelles qu'elles soient.
et si c'est pas d'la comédie
6 octobre 2007
Quand il fait jour, je regarde par la fenêtre, le ciel est tellement bas quelques fois que la tour Eiffel a le nez dans la brume, je traîne, je dors tard le matin, je lis enroulée dans ma couette, je remplis le frigo et le placard à goûters, je pense vaguement à des trucs mais je décide qu’une heure, ce n’est pas assez pour les faire, je marche lentement et j’ai des crampes fulgurantes dans la jambe gauche, je mange du saumon fumé frais et ce fromage bizarre avec du sésame et des herbes qu’ils ont ramené d’Amsterdam, je pense à ce que je pourrais préparer le soir et que je n’ai pas l’habitude de faire à manger pour trois petits estomacs, je me demande comment faire des tomates à la provençale sans four, je bois des expresso en soupirant d’aise, je regarde les gamins courir dans tous les sens dans la cour de l’école et se jeter dans les bras de leur maman et je suis jalouse, j’écoute M. me parler de ses bonnes notes et de ses échanges de billes, J. essaye de me rendre folle, le plancher craque, je continue de chercher les interrupteurs et de sursauter en entrant dans le salon et en voyant le mannequin noir d’1m60 devant la fenêtre, je mange l’épaule d’agneau curry-coco cuisinée par H. et c’est trop sucré, je pense à mes parents, à mes sœurs, à Truc, à Doki, à Julien et Salomé, à Mylène, à plus tard, à ce qu’il faudrait faire et le courage que j’aurai peut-être, à V* aussi, à appeler pour installer une ligne téléphonique et que le plateau télémarketing de France Telecom est vraiment pourri, je réponds au téléphone si on ne m’appelle pas trop tôt le matin, je dis "oui, bien sûr, pas de problème, tout va bien, d’accord, ouais ouais, à ce soir" quand S. appelle, je dis quinze fois qu’il faut aller prendre son bain, que E. doit ranger ses chaussures, et tu as des devoirs ? je dis que oui, il y a deux m à immense, que ton pêcheur ressemble à un joueur de tennis, que non j’ai pas vu Terminator 3 raconte-moi, qu’à mon avis la pâte à crêpe est ratée et qu’elles ne vont pas être très bonnes mais finalement, si, elles sont super.
Quand il fait nuit, je regarde par la fenêtre, le ciel s’est dégagé au crépuscule, je vois des étoiles, des avions et des filets de nuages, je bois du thé russe, du thé vert, du thé à la menthe, il y a un pixel mort sur l’écran de mon ordinateur, j’écoute la musique trop fort, je marche en regardant en l’air, dans les bureaux encore illuminés, les hommes en costume, les femmes en tailleur, les policiers au coin de la rue, les couleurs nocturnes, les vitrines des magasins dans lesquels je n’entrerai pas et les chaussures que je n’aurai jamais, les galeries d’art contemporain, les galeries ‘haute époque’ et celles d’antiquités très propres, je trouve très moche l’entrée de cette boîte disco, je pense qu’il faudra aller au musée d’Orsay et au musée Rodin, à l’expo Weegee, à Beaubourg, retourner au musée d’art moderne, dans le XVIe récupérer mon courrier, voir David Sire, je monte le son de mon iPod, je repasse Monochrome, A new soul ou Dugenou pour des raisons toutes différentes, j’indique le métro à un monsieur anglais qui a l’air terriblement fatigué de marcher et voudrais juste aller porte de Saint Ouen, je respire lentement l’air rafraîchi du soir, devant les Tuileries désertes, je monte sur un mur et marche en regardant mon ombre sur les graviers, les fontaines qui gazouillent encore, la grande roue au fond, je regarde les lumières partout, le reflet des lampadaires sur les trottoirs humides, les reflets sur la Seine puis les ombres que font les péniches sur les immeubles lorsqu’elles passent devant un bosquet d’arbres, les gens qui n’ont pas de visage à la lueur des réverbères, je marche sur le bord du trottoir et je cherche un peu mon équilibre en étendant les bras, j’évite les traits entre les pavés, je regarde mes pieds et les bars fermés, je ne vois rien du tout dans l’escalier parce que je n’allume pas la lumière et je monte lentement dans l’obscurité qui diminue d’étage en étage, je monte en contrôlant mon souffle et mon équilibre, les yeux écarquillés pour distinguer les formes dans l’opacité noire, la main gauche agrippée à la rampe, je monte en n’ayant pas peur et en comptant les marches, dans la chambre le sol laisse toujours cette odeur bizarre, je range un peu, je termine la journée comme je l’ai commencée, enroulée dans la couette.





